Disparaître de Soi

Bamboo - 1

Par Camille destraz, le Temps

« La blancheur est un engourdissement, un laisser-tomber né de la difficulté à transformer les choses. » Professeur de sociologie à l’Université de Strasbourg, David Le Breton est hanté depuis des années par le thème de la « blancheur ». À savoir l’envie de disparaître lorsqu’on arrive à saturation, la tentation d’échapper à la difficulté d’être soi dans un monde de contrôle, de vitesse, de performance, d’apparences. Selon lui, cet état touche de plus en plus de monde. Qu’il soit conscient — marche, yoga, méditation, jardinage — ou involontaire — burn-out, dépression, alcoolisme, personnalités multiples, maladie d’Alzheimer.

Vous donnez de nombreux exemples de « disparition de soi », qui laissent penser que nous sommes tous concernés. Peut-on échapper à cet état Certaines personnes y échappent, car elles sont bien dans leur peau, dans leur vie. Elles ont une vie accomplie qui les mène selon leur rythme. Sans doute aussi ont-elles des loisirs qui leur permettent de manière modérée de se détendre de toutes les tensions. Quelqu’un qui lit, marche, jardine régulièrement… Ce sont des manières paisibles de disparaître. La personne n’aura pas l’impression de s’effacer d’elle-même. Mais une majorité de nos contemporains est dans ce fardeau d’être soi qui amène à une volonté de lâcher prise.

Très souvent, j’entends ces paroles : « J’aimerais disparaître un moment, qu’on ne s’occupe plus de moi… » Je pense qu’il y a 20 ou 30 ans, on n’aurait jamais dit ça. Nous avions des responsabilités sociales qui restaient encore à la hauteur de nos compétences. Maintenant, nous sommes dans la nécessité constante de montrer que nous sommes à la hauteur. Le portable vient nous traquer dans nos moments de repos. Dans les trains, les gens crient au téléphone et racontent leur vie. Le silence devient plus rare. Un temps, il était possible de faire une sieste dans le train. Maintenant, tout un univers de sonneries nous rappelle à l’ordre. On finit par craquer.

La blancheur se définit-elle différemment chez les adolescents, les adultes et les personnes âgées Je situe la blancheur parmi les conduites à risques de nos jeunes. Ces jeunes en errance qui disparaissent du lien social. On retrouve la blancheur dans la toxicomanie, etc. Que des millions de jeunes Occidentaux boivent, non pas pour l’ivresse, mais pour ne plus être là, c’est très révélateur. Il y a aussi les troubles alimentaires, comme l’anorexie, et l’émergence des Hikikomori, ces adolescents qui s’isolent dans leur chambre et n’en sortent pas pendant des années, comme s’ils étaient des moines technologiques. Ils sont en lien avec les réseaux sociaux, mais ne supportent plus les liens de visage à visage, de corps à corps. Ils ont besoin de la médiation de l’écran pour aseptiser le risque de la rencontre.

Si la blancheur touche les jeunes de façon particulière, elle touche autant les personnes âgées à travers Alzheimer, ou différentes formes de démence. Mais aussi des adultes en pleine possession de leurs moyens, à travers la dépression, le burn-out… En écrivant ce livre, j’ai eu envie d’évoquer ce qui est au coeur de la littérature et du cinéma depuis des années. J’ai été frappé par l’émergence spectaculaire de cette thématique de la blancheur, dans une société où s’absenter de soi-même paraît le comble de l’improbable. On est en permanence dans l’exigence d’être soi-même, de se personnaliser, de montrer qu’on est à la hauteur, etc.

Les nouvelles technologies ont donc accéléré ce que vous nommez l’engourdissement généralisé Oui… Il n’y a pas si longtemps, environ une vingtaine d’années, quand on était en voyage, on écrivait juste une carte postale. On rentrait avec énormément de choses à dire, à raconter. Aujourd’hui, les touristes pianotent en permanence sur leur portable pour dire à leurs proches « c’est génial ». Ce qui banalise la sacralité du monde. Il n’y a plus besoin de journal intime, le SMS banalise les événements.

On est souvent aussi contraint de lire ses courriels tous les jours… Il n’y a plus de possibilité de repli. Comme le dit très bien l’écrivain Emil Cioran : « Nous avons été dépossédés de tout, même du désert. » Cette phrase me hante depuis toujours. J’ai vu progressivement cette zone d’intimité se réduire. Et finalement, même quand vous décidez de ne pas jouer le jeu, vous êtes poursuivi par ceux qui continuent. Internet a resserré la pression sur des milliards d’individus, provoquant le burn-out dans le monde du travail. On appelle les gens au milieu de leurs vacances, le soir… C’est la technologie de la traque.

Vous parlez du voyage comme une « suspension joyeuse de soi ». Mais puisqu’il est si difficile de tirer la prise, le voyage entre-t-il vraiment dans la catégorie de la disparition ? Tout dépend de la philosophie du voyageur. L’expérience montre que, quand on a un rendez-vous dans une journée, toute la journée est organisée autour de ce rendez-vous, donc vous perdez la main sur votre existence. La marche est peut-être la manière la plus démocratique pour retrouver des moments de paix, d’harmonie, de disparition de soi. Mais une disparition de soi mesurée. On part quelques heures ou quelques jours, et les portables ont souvent du mal à fonctionner dans les endroits isolés. L’immense succès sociologique de la marche tient à cette suspension des contraintes de l’identité. Sur les sentiers, plus personne ne sait qui vous êtes, vous n’avez de comptes à rendre à personne. Vous marchez à votre rythme, vous vous arrêtez… Personne ne vous rappelle à l’ordre pour un rendement que vous devez accomplir.

Le succès du jardinage est aussi lié à ça. C’est un phénomène sociologique spectaculaire. Planter des carottes pendant une heure est une manière saisissante de disparaître. D’être là sans être là. C’est reprendre le contrôle d’une existence qui, la plupart du temps, nous échappe complètement. En même temps, votre pensée va battre la campagne. L’univers intérieur voltige dans tous les sens.

Le fait de s’aménager des moments de « disparition de soi » évite-t-il la « blancheur » négative Oui ! On voit se développer le yoga, la méditation, les stages de silence en monastère… Des millions de gens cherchent ce moyen de tenir le coup, de résister. Certaines personnes choisissent de s’installer dans des conditions de survie, par lassitude du monde. C’est une solitude choisie, et évidemment il y a aussi celle qui s’impose, avec l’isolement contraint. Mais beaucoup de nos contemporains cherchent la solitude, car ils sont saturés d’un lien social qui devient exaspérant.

Pouvez-vous imaginer une prise de conscience ? Les gens vont-ils faire machine arrière J’analyse justement l’engouement pour la marche comme un phénomène de résistance. Une manière de refuser les contraintes de l’urgence, du rendement, de la vitesse. Beaucoup de magazines avertissent nos contemporains de la nécessité de vivre à leur rythme. L’éloge de la lenteur, le slow food, etc. On est environné de signaux qui nous disent de reprendre le goût de vivre, de profiter de nos enfants, de nos proches. En même temps, les formes de management du travail n’ont jamais été aussi agressives. Et les technologies viennent nous saisir là où on voulait avoir un moment de repos. Comme si on se prêtait à une servitude volontaire. En ville, j’ai l’impression d’être le seul à regarder le monde autour de moi. Les autres regardent leurs écrans. Ça ne peut que se retourner contre les individus à un moment ou un autre. »

Disparaître de soi
Une tentation contemporaine, David Le Breton, Éditions Métailié, 208 pages
photo, Japon 2017

Et si nous choisissons de distiller nos cadeaux innés ?

Et si nous honorions la partie de nous qui est purement nous. Nous avons tous des cadeaux innés qui font partie de nous, alors pourquoi quelquefois nous choisissons d’être ce que nous ne sommes pas ?

Et si cette pleine lune nous permettait de découvrir et de nous reconnecter avec ces cadeaux, qui ne sont pas nécessairement attachés à une profession, mais à quelque chose de plus large, qui nous apporte de la joie dans nos vies, sans chercher à poser une étiquette, à entrer dans des boites ou à en détailler une définition, mais plutôt de trouver ce qui se rapproche des profondeurs de notre être qui ne peut plus être nié, et de mieux déterminer comment nous pouvons apporter ces éléments dans nos vies.

Qu’est-ce qui me permet de m’exprimer pleinement ?

Qu’est-ce qui distille en moi un sentiment de confiance et m’apporte un pur bonheur ?

Qu’est-ce qui intuitivement est brut et direct au coeur ?

douceur, Ayung

Changer pour de vrai

tea

Insatisfactions permanentes, soucis, stress, dépression…est souvent indicateur que le temps est venu d’apporter un nouveau souffle à sa vie. Notre cerveau fonctionne comme une antenne, un jardin de partages, une immense capacité de faire des liens, de relier. Quand nous acceptons de regarder en nous même et de ne plus nous satisfaire juste de distractions et d’actions, nous devenons comme une antenne plus dilatée. Nous apprenons à ressentir & Ressentir c’est entrer en contact avec notre corps & ses mémoires : la conscience de notre respiration, des odeurs, des sons, des sensations plus ou moins douloureuses, des cellules qui bougent. Notre vie se transforme quand nous acceptons de prendre conscience et de participer entièrement à tout ce processus continue qui s’agite en nous. Régulièrement, obligez-vous à faire le point pour vous assurer qu’il y a bien cohérence entre vos aspirations & vos actes. N’hésitons jamais à changer, Nous vivons une époque historique, pleine de potentiel.

« L’expérience akashique est le signe que nous sommes connectés de manière subtile, mais bien réelle, les uns avec les autres, avec la nature et avec le cosmos. Elle inspire la solidarité, l’amour, l’empathie et un sentiment de responsabilité collective et environnementale. Il s’agit là d’éléments caractéristiques de l’état d’esprit que nous devons mettre en place à la suite de la crise mondiale qui menace notre terre afin de créer la paix et la durabilité. – Ervin Lazlo

Illustation, Sarah Walsh

L’univers déplié

cosmos

« Prenons une illusion basique : on nous présente l’atome comme un petit système solaire avec un noyau fait de billes rouges et noires (les neutrons et les protons) et des électrons qui tournent autour comme des planètes. C’est très joli…facile à comprendre….mais complètement faux. Depuis l’avènement de la physique quantique, les constituants fondamentaux de la matière ne sont plus des objets, mais des relations. Ou plutôt des figures relationnelles obéissant à certaines probabilités. La nouvelle physique a complètement dé-chosifié la matière. Mais cela n’est encore pas encore enseigné à l’école, 80 ans après leur découverte. » – David Bohm

Et si la réalité était un monde sans espace, ni temps ?…Et si nous n’étions que des formes dépliées de l’univers ? Et si aujourd’hui était hier ? Pouvons nous être ici et là bas au même moment ? la réalité est multiple, et le temps un concept bien plus flou que ce que racontent les horloges.

L’américain David Bohm, scientifique et philosophe, fur l’un des grands penseurs du « potentiel quantique ». L’univers de Bohm, en partant de la physique de l’infiniment petit, aboutit à une cosmologie complètement neuve où l’esprit et la matière cohabitent en harmonie. « À un certain niveau, c’est une illusion assez grossière que de voir dans chaque être humain une réalité indépendante. En profondeur, nous relevons tous d’une seule et unique entité. L’étoffe même de notre univers et de nos corps n’obéit absolument pas aux lois du réel que nous connaissons. Dans ce monde là, par exemple, une particule peut se trouver à deux endroits à la fois, même séparés par des milliards de kilomètres. Dans ce monde-là, une particule – évènement localisable à un endroit précis – peut, en même temps être une onde – évènement localisable dans toute une région. Dans ce monde là, l’observateur ne peut jamais être neutre : il participe automatiquement au champ de son observation. Dans ce monde là enfin, il faut savoir se passer d’image. Autrement dit, la matière et l’énergie, ce dont nous et notre environnement sommes faits, appartiennent dans leur intimité profonde, à un ordre qui nous échappe. C’est pourquoi certains physiciens quantiques n’hésitent pas à dire que la nature profonde du réel est « voilée ».

« De même que les particules atomiques sont sans doute des évènements qui se déplient et se replient des milliards de fois par seconde, à chaque instant, mon passé disparaît, se replie, en quelque sorte, dans l’hors temps, tandis que le futur proche se déplie de manière inédite pour devenir du présent. Le seul véritable « réel » est le présent. Un esprit éveillé sait que son identité est illusoire. »

« Plus que jamais, je me rendais compte que mon moi ordinaire n’était qu’un périscope, à travers lequel la conscience universelle contemplait les choses. Chaque périscope est différent. La conscience universelle aime avoir une myriade de points de vue différents. Mais au fond, il n’y a qu’une seule conscience. » – David Bohm

Photo, La Nasa

Le cinquième rêve

 

nature

« Au début, le Grand Esprit dormait dans le rien depuis l’Éternité.
Il fit un rêve et un immense désir gonfla.
Ce fut le tout premier rêve. 

Longtemps, la lumière chercha son accomplissement.
Elle vit que c’était la transparence.
Et la transparence régna.
Mais voici qu’ayant exploré tous les jeux de couleurs qu’elle pouvait,
Elle fit un rêve. 

Elle, si légère, elle rêva d’être lourde.
Apparut alors le caillou.
Ce fut le deuxième rêve.

Longtemps, le caillou chercha son accomplissement.
Quand il trouva, il vit que c’était le cristal.
Et le cristal régna.

À son tour ayant exploré tous les jeux lumineux de ses aiguilles de verre, 
Il se mit à rêver. Lui qui était si dur rêva de tendresse et de fragilité. 
Apparut alors la fleur. Ce fut le troisième rêve. 

Longtemps la fleur chercha son accomplissement.
Elle vit que c’était l’arbre.
Et l’arbre régna sur le monde.

Mais l’arbre, à son tour, fit un rêve. Lui, si ancré à la terre, rêva de la parcourir librement.
Apparut alors le ver de terre.
Ce fut le quatrième rêve.

Longtemps le ver de terre chercha son accomplissement.
Il prit tour à tour la forme du porc-épic, du puma, de l’aigle, du serpent à sonnette.

Et un beau jour, dans une immense éclaboussure, 
un être surgit au milieu de l’océan.
Toutes les bêtes de la terre trouvèrent leur accomplissement, et ils virent que c’était la baleine. 

Longtemps elle régna sur le monde, 
Mais après avoir chanté pendant des lunes,
la baleine eut un désir fou.
Elle rêva de se détacher du monde et les hommes apparurent. 

Nous sommes le cinquième rêve, 
en marche vers le cinquième accomplissement. 

Dans la moindre couleur, toute la lumière est enfouie.
Dans tout caillou du bord du chemin dort un cristal.
Dans le plus petit brin d’herbe sommeille un baobab.
Et dans tout ver de terre se cache une baleine.
Quant à nous, nous ne sommes pas « le plus bel animal »,
nous sommes le rêve de l’animal.
Et ce rêve est encore inaccompli. » –  Une histoire indienne de Swift Deer, Cherokee, extrait du livre « Le cinquième rêve » de Patrice Van Eersel